La traversée du désert des Zavkhan

Après des années à avoir enduré les pluies des déserts humains de Norvège, de Finlande ou encore d'Islande...j'ai choisi de m'immerger pour 30 jours dans un désert de sable ! Pour cette première aventure sèche il m'a paru plutôt opportun de choisir un désert "tempéré" avec un peu d'eau. J'ai donc choisi de me perdre dans les sables de la rivière Zavkhan, l'une des régions les moins peuplée de Mongolie !

September 27, 2020

Le point de départ de l'aventure débute à environ 28h de bus de Oulan-Bator à l'Ouest, à Uliastay, capitale du district de Zavkhan. C'est là que j'ai quitté la route, seul avec mes 50kg sur le dos...en autonomie totale. Direction plein Ouest !

Le calcul et la solitude

A presque 30km par jour à raison de 6l d'eau consommée sous cet éternel soleil...je découvre les joies d'un trek dans le sable en hors sentier. Tout effort doit se penser, s'optimiser. Toute ressource se calcule, et notamment la plus précieuse, l'eau ! Lors de cette semaine j'aurai perdu mon énergie physique en 2 jours, et mon mental au bout du 3e jour. Selon les mongols venus à ma rencontre, cette région ne se traverserait pas et il y aurait des loups ! Le sentiment de solitude devient de plus en plus pesant.

Et comme toujours, quand on touche le fond, un évènement arrive ! Il me donnera la force suffisante. Un jeune mongol viendra me chercher au milieu de la steppe pour une nuit en yourte, une cavalcade et une soupe de mouton ! La morosité et le spleen laissent place à une nouvelle version de moi-même.

L'instinct et le lacher prise

Désormais je pense paysage. Je suis les traces de chameaux pour onduler sans effort dans les dunes, je regarde les meilleurs montagnes pour passer la nuit. J'anticipe les boucles du fleuve pour boire.

Je suis en immersion totale et traverse en quelques jours la région tant redoutée. Mais bientôt, la folie des dunes et de la foret d'épineux s'estompe...

Le vide

La steppe, l'épreuve du plat. L'immensité du vide. L'absence de relief. Dans ce genre de moment on aura beau dire...force mental...force physique...rien n'y fait. Pour l'avoir vécu, ma clé aura été ma fatigue. Le rythme imposé par mon corps aura été le seul relief de ce passage à vide... aucun nuage, aucun humain...seul au milieu de cette immense steppe tellement plate qu'elle en devient ronde.

Mais ici sous climat continental extrême, même ce qui dure, ne dure pas. En 20min on peut perdre 20°C...on peut perdre le soleil pour la glace ! Le moindre orage de grêle devient une immense tempête qui force à s'allonger, en boule derrière le sac pour éviter la mitraille de glace.

Le pont

Epuisé, à bout trébuchant j'arrive tant bien que mal au point de rencontre de la région Zavkhan et de la région Khovd. Désormais je quitte le désert de sable pour le désert de pierre de Khovd ! Une nuit dans une ferme Soviétique en ruine, un pont et me voilà prêt pour le chapitre deux de l'aventure !

L'ennuie

Désormais le paysage change. Il n'y a plus de fleuve, plus de sable. Mais un immense désert de pierres inertes, noires et grises, troué par d'immenses lacs. J'approche de l'Altai. Cette phase me fera expérimenter l'ennuie.

Seul assis sur une montagne pour trois jours avec pour seule distraction le soleil qui se lève et se couche, la routine des troupeaux de chameaux allant s'abreuver. Tout est paisible, parfait. Tellement parfait que je m'ennuie. Pas de tempête pour lutter, pas d'eau à chercher...pas d'animal à éviter...Le vide. Face à cet immense mur, qu'est l'ennuie...on écrit...on dessine...on s'essor l'esprit pour en revenir aux basiques oubliés. Ceux qu'on aime, ceux qui nous aimes.

C'est je crois l'invariable de mes treks de survie...qu'ils soient en Laponie, en Islande, en Ecosse ou perdu dans l'océan atlantique...Une fois que tu as tout laissé derrière toi, y a "ça" qui remonte.

Le pharmacien, le moine et la mafia chinoise

Après quelques larmes et une bonne dose d'ennuie, mon chemin en rencontre d'autres et ils se transforment en sentiers, puis pistes, puis routes. Je suis invité à boire le thé, me retrouve au milieu d'une transaction de machines, puis à l'arrière d'une moto...et me voilà à Khovd ! Accueilli par le hasard dans un hotel miteux à l'entrée du quel je rencontre le pharmacien de la ville, Erdene Bataa. Tout cela finira avec du rire, du lait fermenté, une tête de mouton, un moine tibétain et la mafia chinoise venue prospecter des mines d'or.

Le off de la survie